mardi 12 décembre 2017

AMAZING SPIDER-MAN #26, de Dan Slott et Stuart Immonen


Dans le précédent épisode, Spider-Man empêchait in extremis Silver Sable (pourtant présumée morte) d'exécuter un des invités du gala pour la Fondation Oncle Ben à Honk Kong. Mais la mercenaire lui révélait alors que sa cible n'était autre que Norman Osborn... Voyons où Dan Slott et Stuart Immonen vont nous entraîner dans ce nouveau chapitre de l'arc The Osborn identity.


Récupéré par ses sbires, Osborn s'enfuit mais Silver Sable, Spider-Man et Mockingbird le prennent en chasse. Bobbi Morse reçoit alors un appel de Nick Fury qui lui ordonne de se retirer car la Chine ignore sa présence (et donc celle du SHIELD) sur place.


La filature échevelée de Silver Sable et Spider-Man les entraîne dans un piège ourdi par Osborn qui procède à une démonstration de ses nouvelles armes devant une assemblée d'acheteurs, en présence de sa complice la comtesse Karolina Karkov. Un robot géant, le Kingslayer Mark I, est activé pour supprimer les deux intrus.


Cependant, Harry Lyman (ex-Osborn) est assailli d'appels de partenaires commerciaux affolés par la situation car les armes d'Osborn sont fabriqués avec des matériaux de l'entreprise de Peter Parker. Depuis son repaire, Otto Octavius (désormais détenteur d'un nouveau corps cloné) enrage à cause de cette débâcle infligé à l'empire industriel qu'il a contribué à construire (lorsque son esprit habitait le corps de Parker).


Le Kingslayer Mark I neutralisé, et Osborn s'étant éclipsé avec la comtesse, Spider-Man apprend que les armes de son ennemi sont fabriquées en Symkarie, le pays de Silver Sable. Il lui propose d'en libérer les habitants contre la capture d'Osborn. Mais ce choix ne plait pas au SHIELD qui considère qu'en agissant unilatéralement en pays étranger, Spider-Man est désormais, au même titre que l'entreprise de Peter Parker, considéré comme ennemi au même titre que l'Hydra ou l'A.I.M. ...

Ce n''est pas parce que cet épisode renoue avec le format traditionnel (d'une vingtaine de pages) que Dan Slott change ses habitudes : au contraire, il écrit ce deuxième chapitre de son arc narratif en enfonçant le pied sur l'accélérateur.

L'intrigue se développe donc peu, se concentrant sur la course-poursuite spectaculaire dans Honk Kong entre Silver Sable, Spider-Man et Norman Osborn. Stuart Immonen a, là, matière à s'amuser en démontrant son aisance à découper ce genre de morceau de bravoure : il use de doubles pages avec des angles de vue très dynamiques, mettant en valeur aussi bien le décor avec les gratte-ciel de la ville que les acrobaties vertigineuses des personnages.

Pour souligner les conséquences de la situation sur l'histoire, Slott s'en remet à des scènes brèves et parallèles, comme lorsque Harry reçoit les communications des clients du Webware ayant appris que les armes de Osborn ont été conçues avec la technologie développée par Peter Parker ou en montrant fugacement Otto Octavius (dans son nouveau corps) pester après la mauvaise gestion de crise qui menace l'empire qu'il a contribué à édifier. Un examen du nouveau costume d'Octopus permet de relier facilement son alliance avec une organisation criminelle bien connue et préfigure donc de futurs épisodes attachés à la saga globale Secret Empire (ce dont je me serai bien passé...).

Si le scénario ne nous informe pas du comment Silver Sable est en vie alors qu'elle était présumée morte, son rôle redirige le récit et impacte celui de Spider-Man qui en décidant de l'aider à libérer la Symkarie s'attire les foudres du SHIELD et la défection de Mockingbird : ça risque donc de barder !

On est donc dans la droite ligne de ce qu'on pouvait prévoir avec le numéro précédent : beaucoup d'action, un tempo trépidant, peu de psychologie, et des illustrations à couper le souffle. On en sort ravi malgré des lacunes évidentes parce que divertissement est au rendez-vous : pas sûr que ça suffise à en faire une histoire mémorable mais c'est indubitablement efficace.  

lundi 11 décembre 2017

PREMIER CONTACT, de Denis Villeneuve


Je n'ai finalement pas été voir Blade Runner 2049, échaudé par des critiques partagées et la crainte d'abîmer le souvenir de la prequel de Ridley Scott, mais comme j'ai quand même beaucoup aimé Prisoners et Sicario de Denis Villeneuve, j'ai choisi de compléter mes connaissances à son sujet en découvrant son précédent opus : le remarquable et remarqué Premier Contact.

Le vaisseau alien au-dessus du Montana

En douze points du globe, des extraterrestres débarquent sur Terre sans quitter leurs vaisseaux ovoïdes noirs suspendus au-dessus du sol. Cet événement mobilise aussitôt les forces armées des pays concernés. Aux Etats-Unis, le colonel Weber sollicite l'aide du Dr. Louise Banks, linguiste bénéficiant d'une accréditation secret défense, pour tenter de comprendre les raisons de la présence des visiteurs et leurs intentions (pacifiques ou belliqueuses) puis tenter d'établir un moyen de communiquer avec eux.
Le colonel Weber, Louise Banks et Ian Donnelly (Forest Whitaker, Amy Adams 
et Jeremy Renner)

Elle part donc pour le Montana où a été établi un camp militaire entourant un des vaisseaux, en compagnie de l'astro-physicien Ian Donnelly. Pour entrer à bord de cette immense coque les militaires passent par une trappe qui s'ouvre toutes les 18 heures et aboutit à une sorte de large baie vitrée derrière laquelle deux extra-terrestres ressemblant à des heptapodes (à cause de leur sept membres flexibles) les attendent. Donnelly les surnomme "Abbott" et "Costello", en référence au célèbre duo d'humoristes américains. 

Louise Banks

Les aliens tracent sur la baie des glyphes en projetant des jets d'encre et Louise les interprète comme un langage très synthétique où chaque signe peut exprimer aussi bien un mot qu'une phrase complète. Mais pendant ce temps la situation internationale se tend lorsque les experts chinois pensent avoir traduit un de ces logogrammes par le terme "arme". 

Un des étranges logogrammes des aliens

Deux soldats américains de la base du Montana, qui escortent Louise et Ian à chacune de leur visite dans le vaisseau, déposent, sans en aviser Weber, une charge explosive. "Abbott" sauve de la déflagration les deux scientifiques in extremis. Puis leur vaisseau change de position, s'élevant plus haut dans le ciel et devenant inaccessible. Les onze autres coques imitent cette manoeuvre partout dans le monde. 

Ian Donnelly

Ordre est donné d'évacuer la zone. Les chinois décident, eux, avec leurs alliés, de détruire les vaisseaux situés dans leur espace aérien. Louise, qui a compris que les appareils aliens forment une unité de la même façon que leur langage, quitte le campement pour se placer sous la coque dans laquelle elle est réintroduite via une capsule envoyée pour elle. 

Louise Banks

"Costello" communique alors avec la linguiste, lui apprenant que "Abbott" est mort après l'explosion, puis qu'elle peut lire le futur - c'est là en vérité le sens des flashes qui l'assaillaient depuis son arrivée sur le site et dans lesquels elle se voyait mariée, mère d'une petite fille et divorcée suite à la mort prématurée de celle-ci, des suites d'une longue maladie.

Le colonel Weber

Rendue aux siens, Louise parvient, en dérobant le téléphone-satellite d'un agent de la CIA, à contacter le général Shang, à la tête de l'armée chinoise, pour le convaincre de ne pas ouvrir les hostilités contre les extraterrestres. Progressivement, les alliés de la Chine stoppent leurs manoeuvres. Les vaisseaux disparaissent ensuite aussi subitement qu'ils sont arrivés.

Louise et Ian

Comme "Costello" l'avait dit à Louise, dans un lointain futur, comme ils ont permis à l'humanité de s'unifier, les humains aideront à leur tour les aliens le moment venu. Quant à la jeune femme, elle va vivre avec Ian, avec lequel elle aura une fille à qui, peut-être, ils épargneront une mort prématurée.

Présenté à la 73ème Mostra de Venise l'an dernier, Arrival de Denis Villeneuve a créé la sensation en se démarquant du tout-venant des films de science-fiction. Précédé de ce buzz flatteur, le film a ensuite divisé la critique mais a été boudé par le grand public, désarçonné par son style.

Premier Contact s'inscrit dans une double lignée : c'est à la fois un prolongement narratif et esthétique de ce que Villeneuve a produit dans son précédent opus (l'excellent Sicario), avec une héroïne progressant à tâtons dans une (en)quête dont le sens ne se révèle vraiment qu'à la toute fin, et c'est aussi une nouvelle exploration cinématographique d'une tradition fantastique où les humains cherchent à communiquer avec des extraterrestres.

Le résultat est à la fois captivant et nébuleux. Les thèmes creusés ici, comme le langage, le temps, la mémoire, sont ambitieux et le scénario choisit, comme la nouvelle dont il s'inspire, de les traiter sans verser dans le grand spectacle, avec une certaine austérité. La majorité des scènes se déroule dans des tentes où militaires et savants débattent du déchiffrage de symboles, hypothèquent sur leur signification, ou dans la coque caverneuse d'un astronef avec deux créatures, à la physionomie à la fois inquiétante et gracieuse et au comportement énigmatique, ne s'expriment que par des logogrammes aléatoirement traduits).

Ce parti pris peut dérouter, voire décourager, mais si on l'accepte, le jeu en vaut vraiment la chandelle : il s'agit bien de faire ressentir la nécessité de prendre du temps pour comprendre l'Autre. Eric Heisserer nous dispense de bavardages techniques assommants et pseudo-réalistes au profit de scènes silencieuses, de creux dramatiques, correspondant aux recherches hésitantes de la linguiste. Villeneuve met cela en scène en soignant l'ambiance à la fois tendue et suspendue, le rythme volontiers flottant, et c'est souvent envoûtant. On pardonne du coup quelques clichés (comme le personnage du colonel joué par Forest Whitaker avec son air de Droopy massif, ou ces enfilades d'ordinateurs devant lesquels s'affairent des experts dont la contribution semble bien discrète comparée aux efforts déployés par l'héroïne). Mais au moins échappe-t-on à des vues sur des salles de réunion avec des présidents, entourés de généraux va-t-en-guerre opposés à de plus raisonnables scientifiques, ou à des scènes de combat entre des extraterrestres et l'aviation militaire.

La partie plus "cosmique" du film est aussi plus inégale : Premier Contact arrive après des longs métrages écrasants sur le sujet (parmi lesquels Rencontres du 3ème type de Steven Spielberg, Abyss de James Cameron, ou le chef d'oeuvre indépassable que reste 2001 : L'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick). La comparaison est inévitable. Mais Villeneuve s'en sort avec les honneurs, grâce au soin qu'il a apporté aux designs (qu'il s'agisse de ceux des vaisseaux ou des extraterrestres et de leur langage) et par sa volonté de coller à son héroïne hantée non pas, comme on le pense au début, par des flash-backs traumatisants par des flash-forwards anxiogènes, ce qui donne une perspective étonnante à l'ensemble, une dimension contemplative, méditative et troublante. Le twist final est habile dans l'opposition qu'il établit entre l'innocence de ce premier contact et l'expérience existentielle (naissance, vie, mort) qu'il provoque.

Amy Adams s'aligne sur la tonalité feutrée du récit et livre une interprétation dense et émouvante, d'une sobriété intense, qui éclipse ses partenaires. Un jeu intériorisé remarquable. Jeremy Renner confirme qu'il est un acteur d'une grande intensité tout en conservant un jeu minéral.

Premier contact à l'image de son sujet ne se livre pas facilement, et peut même frustrer, mais c'est aussi une apologie vertigineuse de l'inconnu et une métaphore brillante sur le destin.

vendredi 8 décembre 2017

CAPTAIN AMERICA #696, de Mark Waid et Chris Samnee


Deuxième étape du road trip de Steve Rogers à la découverte de l'Amérique profonde et en quête de réhabilitation : après le précédent épisode brillamment mis en scène par la nouvelle équipe artistique formée par Mark Waid et Chris Samnee, l'essai est-il transformé ?


Sauga River, au Nord d'Atlanta. Steve Rogers arrive dans cette bourgade de l'Etat de Géorgie après avoir expliqué par téléphone sa lassitude d'être l'éternel locataire du SHIELD ou des Avengers. En vérité, il continue à explorer le pays pour apprendre à être plus proche de l'américain moyen et savoir comment il est considéré après les événements où son double nazi (cf. Secret Empire) a failli entraîner la nation dans la tourmente. Manquant d'argent, il propose ses services de plongeur à un restaurateur qui le reconnaît aussitôt.


La présence du héros est rapidement relayée par les médias locaux et attire l'attention du successeur du Swordsman à Atlanta. Il menace sur Internet Captain America de submerger Sauga River en faisant explosant son barrage hydraulique.


Captain America se rend sur place et répond au défi de son adversaire qui s'avère plus coriace que prévu. Mais le combat tourne à l'avantage du héros, même s'il découvre alors que le Swordsman a triché en piratant l'ouverture des vannes du barrage.


Captain America tente de refermer le réservoir à mains nues, en vain, avant de se rappeler du principe d'Archimède et d'éviter in extremis la catastrophe. Il peut repartir discrètement, avant que la foule ne se rassemble pour le fêter. Mais il ne voit pas sur le toit du restaurant où il s'était arrêté une silhouette menaçante l'observer en train de s'éloigner...

En toute honnêteté, je comprendrai le fan qui terminera cet épisode un brin frustré tant il est rapide à lire. L'argument de Mark Waid tient sur un post-it et l'exécution graphique de Chris Samnee est si virtuose qu'on tourne les pages sans d'abord les savourer. Lorsqu'on referme le fascicule, "déjà ?!" est l'exclamation qui nous vient spontanément.

Mais considérons l'affaire autrement : dévorer un comic-book si avidement signifie-t-il qu'il manque de densité ? Qu'il ne rassasie pas le lecteur ? Ou bien cela veut-il dire que ses auteurs maîtrisent tellement bien leur art qu'ils livrent un produit si irrésistible qu'on le lit d'une traite ?

Chacun tranchera mais il est indéniable que ce numéro est d'une efficacité redoutable et qu'on peut le relire dans la foulée en n'échappant pas à sa fluidité. Waid pose la situation simplement et embraye aussitôt avec la suivante qui détermine l'obstacle rencontré par le héros. L'affrontement ressemble à une formalité, une sorte d'étape obligée, mais ne manque pas ni de tension ni d'allure. Et quand survient le moment attendu de la résolution, c'est avec la même facilité qu'elle s'impose à nous.

Pour obtenir cette impression de facilité, il faut, à mes yeux, posséder son sujet, l'animer de telle manière qu'on ne sente jamais l'effort et c'est ce sentiment qu'on éprouve en lisant l'épisode présent : la complicité, l'osmose même, entre Waid et Samnee sont devenues telles que tout semble facile, aisé, naturel entre eux et pour nous. On frise l'insolence devant une telle précision, une telle entente. Je suis subjugué par un tel niveau atteint sans que cela paraisse jamais forcé : on est dans un tel qualité de divertissement qu'il est impossible de ne pas être emporté. Si bien que le récit, s'appuyant sur la menace d'un barrage qui s'apprête à noyer un patelin, a valeur de métaphore : les auteurs lâchent tout et nous voilà transporté de A à B sans qu'on s'en soit rendu compte.

L'excellence de la prestation donne des ailes pour la suite : dans trente jours, c'est à Kraven le chasseur que Captain America aura affaire. Vous avez dit prometteur ?
  


En lieu et place du traditionnel courrier des lecteurs, la rédaction de la série a demandé ce que Captain America (le personnage comme sa série) signifiait pour nous tous : ce mois-ci, c'est Joe Caramagna, le lettreur du titre qui y répond en évoquant de manière éloquente un souvenir personnel, quand, fils d'un immigré sicilien, il posa, vêtu d'un tee-shirt semblable au costume du héros, en photo avec son père et comprit que l'Amérique serait le pays de tous les possibles pour eux deux. C'est la loyauté de Captain America au rêve plus qu'au drapeau qui continue de toucher le lettreur 38 ans plus tard.  

ASTONISHING X-MEN #6, de Charles Soule et Mike del Mundo


Avec ce sixième épisode, le premier arc narratif de ce nouveau volume d'Astonishing X-Men, Life of X, s'achève. Charles Soule est cette fois épaulé par Mike del Mundo au dessin, et la série est officiellement devenue une ongoing, qui se poursuivra avec un artiste différent à chaque numéro. 


Dans le plan astral, le Roi d'Ombre savoure sa victoire et annonce la fin de la partie qu'il disputait avec Charles Xavier : il lui avoue à cette occasion avoir triché en puisant un supplément d'énergie psychique dans une source sombre. Mais le Pr. X a également rusé et il abat ses cartes en lâchant sur Amahl Farouk ses atouts : Mystique, Rogue et Fantomex.


A Londres cependant, la situation reste compromise. Archangel s'emploie à neutraliser Old Man Logan et Gambit corrompus par le Roi d'Ombre. Le commandant Keene a, lui, décidé d'opter pour une solution radicale en obtenant de stériliser la zone infecté mentalement par les mutants, quitte à tuer pour cela des centaines de civils.


Le Roi d'Ombre est submergé par l'assaut de Rogue, Mystique et Fantomex qui lui donne le coup de grâce. Xavier peut se libérer de l'étreinte psychique de son ennemi. Conséquence immédiate : à Londres, Old Man Logan et Gambit sont immédiatement désenvoûtés.


Psylocke avertit alors Archangel de l'arrivée d'avions de chasse de l'armée britannique et lui demande de les empêcher de bombarder le quartier. C'est alors que Fantomex la rassure et, devant elle, se démasque pour lui révéler sa nouvelle personnalité...

C'est sur un coup de théâtre vraiment étonnant et inattendu que se clôt ce premier acte : bien malin qui aurait pu prévoir un tel twist, quand bien même les intentions de Charles Soule étaient claires (il avait indiqué, à mi-chemin, en interview que son histoire préparait le retour d'un personnage emblématique).

Le scénariste mène cet épisode sur un rythme très soutenu, en privilégiant l'action des deux côtés : dans le plan astral, le duel entre Xavier et Farouk s'achève de manière spectaculaire, tandis que dans le plan réel, les choses restent compromises entre une foule de civils possédés mentalement et l'imminence d'un bombardement pour stopper cette infection.

Mais, ne leurrons personne : le résultat ne serait pas aussi intense sans la contribution de Mike del Mundo, qui donne à ce numéro une radicalité visuelle extraordinaire. Cet artiste travaille uniquement digitalement et assure le dessin et la colorisation. Sur ce dernier point, il utilise une palette baroque avec des dominantes chromatiques volontiers criardes sur des formes évoquant parfois Bacon. 

On peut penser à Bill Sienkiewicz en examinant les pages de del Mundo, sauf que ce dernier privilégie les formes courbes, sinueuses (là où son aîné prestigieux favorisait les angles et flirtait avec l'abstraction). On évolue ainsi dans des ambiances volontiers psychédéliques qui conviennent parfaitement au combat fantastique et vicieux entre le Roi d'Ombre et le Pr. X. Bien sûr, on peut ne pas apprécier ce style, avoir le yeux qui piquent, et estimer que le découpage ne privilégie pas toujours la lisibilité, mais on ne peut en revanche nier son originalité ni la puissance esthétique qui se dégagent de ces images.

Charles Soule a en tout cas réussi un pari audacieux : en s'appropriant un titre dont les meilleures heures restent liées au run initial de Joss Whedon et John Cassaday, et en s'imposant comme un énième titre mutant dans une gamme encombrée (et guère inspirée), ses Astonishing X-Men s'impose comme une des séries les plus fortes et passionnantes depuis sa parution. J'ai hâte de découvrir la suite, qui profitera, pour commencer, de Phil Noto au dessin. 

mercredi 6 décembre 2017

INFAMOUS IRON MAN, VOLUME TWO : THE ABSOLUTION OF DOOM, de Brian Michael Bendis et Alex Maleev


Et donc suite et fin de l'aventure de l'Infamous Iron Man avec les six derniers épisodes de la série qui lui est dédié, toujours animé par le duo Brian Michael Bendis-Alex Maleev. Où nous allons découvrir le fin mot à l'intrigue concernant la reconversion de Victor Von Doom et le plan de sa mère Cynthia avec Reed Richards...


Après avoir assisté à une attaque de Doom lors d'une réunion de super-vilains convoquée par le Sorcier et durant laquelle the Hood a voulu organisé une contre-attaque contre lui, le Démolisseur se rend au SHIELD. Grimm l'interroge pour savoir pourquoi il a été épargné : Doom a voulu lui accorder une chance de se repentir. La Chose rentre dans sa chambre d'hôtel à Manhattan et y trouve Doom qui lui présente ses excuses pour l'avoir affronté durant toutes ces années tout en regrettant la disparition de Reed et Sue Richards (suite aux événements de la saga Secret Wars). Sachant bien que ce sera dur de gagner la confiance de son ennemi, Doom promet de faire au mieux pour lui prouver la sincérité de sa démarche. Une fois seul, Grimm, désorienté, découvre dans son salon Reed Richards...


Riri Williams/Iron Heart se rend en Latvérie à la recherche de Doom et l'y trouve dans son ancien laboratoire, méditant sur sa mission. Il jure à la jeune fille ne pas, comme elle l'affirme, salir l'héritage de Tony Stark en prenant son nom de code mais accomplir une vision qu'il a eue du futur. Pour en saisir le sens, il lui demande même de l'attaquer afin qu'il soit en état de choc physique et émotionnel. Elle s'exécute... Pendant ce temps, Reed Richards convainc Grimm qu'il est bien son ami et lui demande de tuer Doom pour le bien de tous - Doom atteint une nouvelle fois l'épiphanie et entre en contact avec l'esprit de Tony Stark, en provenance du futur, où il est devenir le nouveau sorcier suprême venu le mettre en garde contre une terrible menace !
  

Inconscient, Doom a été livré par Iron Heart au SHIELD. Grimm rencontre Johnny Storm/la Torche Humaine pour évoquer sa rencontre avec Reed Richards et sa requête de tuer Doom. Tous deux conviennent que leur ami ne réclamerait jamais ça. Dans l'héliporteur du SHIELD, des agents décident d'exécuter sans autre forme de procès Doom mais ils en sont empêchés par l'intervention de Cynthia qui se téléporte avec son fils à l'abri. Elle est disposée à lui fournir des explications sur sa présence quand il revient à lui.
  

Dans une dimension parallèle, Cynthia explique à Victor qu'enfant elle lui avait demandé de procéder à un sacrifice, auquel il n'avait pas eu le courage de se soumettre. Cette déception originelle a grandi quand, après l'avoir abandonné, elle l'a vu devenir un savant aigri, un tyran politique, un super-vilain. Mais en observant la nouvelle voie qu'il emprunte, elle est à nouveau fière de lui et soucieuse de l'aider : pour cela, elle lui enseigne un sortilège dont elle lui assure l'utilité le moment venu. Cependant, Grimm retourne en Latvérie à la recherche de Doom et assiste à son crash. Effrayé, Doom demande à Grimm de fuir toutes affaires cessantes.
  

Surpris avec sa mère par Reed Richards et effrayé par ce qu'il a découvert sans pouvoir le nommer, Doom exige d'être enfermé dans une cellule du Projet Pégasus. Sharon Carter appelle le Dr. Strange en renfort et le sorcier suprême sonde l'esprit de Doom pour découvrir ce qui lui fait peur. C'est alors que Reed Richards fait irruption sur place et attaque les agents du SHIELD en déployant de pouvoirs mystiques. Carter libère Strange et Doom devant lesquels leur adversaire révèle son vrai visage : Méphisto !


Dérangé, humilié par les actions de Doom quand il a été investi des pouvoirs de Dieu, Méphisto entend bien l'éliminer après l'avoir manipulé en invoquant l'esprit de sa mère et pris l'apparence de Reed Richards. Strange et Doom l'affrontent jusqu'à ce que dernier, utilisant le sortilège enseigné par sa mère, réussisse à le pulvériser. Pour cela, ensuite, Sharon Carter est disposée à accorder sa liberté et sa confiance à Doom, malgré les réticences de Grimm. En prison, les super-vilains, apprenant cela, jurent de se venger de lui, tandis qu'Amara Perera consulte une amie médecin qui lui révèle sa grossesse - mais qui, de Stark ou Doom, est le père de l'enfant qu'elle porte ?

Le premier acte de l'histoire souffrait d'un rythme défaillant, défaut souligné par le fait que son climax se situait véritablement dans son troisième épisode, où étaient détaillés le passé récent de Victor Von Doom, les raisons de sa reconversion, et les objectifs qu'il visait. Par ailleurs, Brian Michael Bendis rattachait durant les six premiers épisodes plusieurs fils narratifs importés de séries diverses - l'enrôlement de Ben Grimm par le SHIELD, l'implication de Riri Williams, la destitution de Maria Hill de la direction du SHIELD - et posait les bases de plusieurs énigmes sans qu'on puisse (comme le héros du titre) démêler le vrai du faux - est-ce que Cynthia Von Doom et Reed Richards étaient réellement vivants ? Quel était le plan qu'ils poursuivaient ensemble ?

Ce second acte devait donc apporter des réponses et aboutir à une résolution globale satisfaisante pour ne pas risquer de frustrer le lecteur tout en conduisant le récit sur un tempo plus soutenu. Et la mission est réussie.

Mine de rien, ces six derniers épisodes manient des questions profondes sur le Bien et le Mal, le pardon, l'absolution (ainsi que l'indique le titre du recueil), mais aussi la filiation et la vengeance. Bendis a pris le pari, audacieux, de ne pas trop informer le lecteur par rapport au héros de manière à les plonger dans un même état de confusion. On doute en permanence de la sincérité de Doom à cause de ses méthodes pour gagner ses galons de justicier, de son état mental quand il parle à Riri Williams de l'épiphanie qu'il eu concernant un futur meilleur et de la part qu'il y joue, puis on est encore plus dérouté quand il se fait enfermer par le SHIELD, étonnamment effrayé par l'attaque de l'allié de sa mère.

En entretenant le trouble ainsi, Bendis suggère habilement (diaboliquement même, peut-on dire à la lumière du final) que tout cela n'est peut-être qu'un délire de la part de Doom, traumatisé par son expérience divine. Puis, comme dans le tome 1, à mi-chemin, le scénariste effectue une pause qui permet à tout le monde de faire le point et de rebondir pour enchaîner vers le terme de la série : pour cela, il emploie le Dr. Strange, autre personnage qui a souvent croisé Victor Von Doom par le passé, et il le fait au premier degré, en le faisant intervenir littéralement comme un médecin.

Alex Maleev est également plus inspiré dans cette seconde mi-temps car il s'appuie sur un script privilégiant les scènes de dialogue à celles d'action (même si la bataille ultime est spectaculaire et superbement découpée). Il bénéficie aussi de la contribue de Matt Hollingsworth aux couleurs qui produit des images magnifiques (mention à la "séance" entre Strange et Doom dans la cellule du Projet Pégasus).

L'artiste prouve qu'il sait exploiter simplement mais avec intensité le meilleur d'un moment poignant quand Doom adresse, fourbu, à genoux, fragile comme un enfant, un adieu (un au revoir ?) à sa mère. Tout comme, en une page, très sobre, il capte le désarroi d'Amara Perera apprenant sa grossesse.

Pour savoir comment Bendis et Maleev vont gérer la suite de cet Infamous Iron Man, il faudra suivre les derniers épisodes d'Invincible Iron Man rédigés par le scénariste, à partir du #583 jusqu'au n° 600 (son dernier épisode avant son départ effectif chez DC Comics), où Riri Williams et Victor Von Doom vont être engagés dans une saga devant aboutir au retour de Tony Stark. Il sera alors temps de savoir si Von Doom continuera sa route comme un héros ou replongera comme super-vilain...