jeudi 26 avril 2018

THE TERRIFICS #3, de Jeff Lemire et Joe Bennett


Autant le dire d'entrée, ce troisième épisode de The Terrifics laisse un goût amer, un sentiment de bâclage, qui risque bien de poser des problèmes pour l'avenir de la série -et de ligne The New Age of Heroes, dont le principe repose quand même sur la mise en avant de ses dessinateurs. Un principe attractif quand on observe les prestigieux noms qui y sont attachés pour les premiers numéros de chaque titre mais qui, très vite, en vérité, sente l'arnaque... Mais tous les torts ne sont pas que de ce côté.


Mr. Terrific annonce à Plastic Man, Metamorpho et Phantom Girl qu'à suite de leur séjour dans le Dark Multiverse ils sont désormais dans l'impossibilité de se séparer à plus d'un mile les uns des autres. Sinon cela leur causerait à chacun des dommages et mettrait en danger leurs proches.


Sapphire Stagg convainc son père de prêter son laboratoire (qui contient le matériel qu'il a acheté à Michael Holt) à Mr. Terrific pour qu'il tente de remédier à ce problème. Puis la jeune femme s'isole ensuite avec Metamorpho qui espère, une fois redevenu autonome, qu'elle partira avec lui. Mais elle s'y refuse car son père, s'il n'est pas sans défaut, est sa seule famille. 


Phantom Lady interrompt Mr. Terrific dans ses cogitations pour lui demander s'il pourrait envoyer un message à sa planète natale afin de rassurer ses semblables sur son sort. Il lui promet d'en parler à Green Lantern mais pour l'heure d'autres soucis l'accablent. Comme ce roulis retentissant à l'extérieur...


Dehors, Plastic Man et Metamorpho voient débouler sur eux une roue géante et lourdement armée. Grâce aux instructions de Mr. Terrific, le groupe réussit stopper cet engin qui est une invention de Stagg destinée à l'armée.



Tout le monde souhaite faire une pause après cela, sauf Mr. Terrific impatient de retrouver le calme de son labo. Il y visionne à nouveau le message enregistré par Tom Strong en se jurant de résoudre cette énigme dont il pressent la menace bien réelle.

Parlons d'abord du contenu de cet épisode, qui clôt (déjà !) le premier arc narratif, avant de pointer ce qui ne va, plus globalement avec la série et le concept de la collection à laquelle elle appartient.

Jeff Lemire ne force pas son talent, c'est le moins qu'on puisse dire avec ces vingt pages qui sentent le remplissage tant elles ne font pas progresser le schmilblick. Tout juste appréciera-t-on le dialogue entre Metamorpho et Sapphire Stagg qui montre que leur relation n'est pas si paisible que cela : elle y défend son père, malgré ses actes répréhensibles, et refuse de choisir entre lui et Rex Mason quand celui-ci exprime son envie qu'ils aillent vivre ailleurs. C'est, réellement, le seul point intéressant de ce chapitre.

(On pourrait aussi évoquer le teaser en plein milieu de l'épisode où on voit Metamorpho visiblement frappé de folie et s'attaquer à des civils, tandis que le narrateur nous prévient que ceci sera expliqué plus tard. C'est inattendu et accrocheur, mais tout de même curieux : un peu comme une page de pub au milieu d'un film pour nous prévenir de ce qui se passera dans la suite du long métrage...)

Pour le reste, et c'est vraiment le plus surprenant après deux premiers numéros trépidants, de la part d'un des scénaristes les plus épatants actuellement, on se demande bien ce qui justifie ce qu'on nous donne à lire. Tout tombe comme un cheveu dans la soupe, depuis la fameuse roue infernale sortie de nulle part (mais qui a droit à la couverture), prétexte incongru pour vérifier la complémentarité des membres de l'équipe (toujours pas officiellement baptisée), jusqu'à la caractérisation de certains protagonistes (les facéties hystériques de Plastic Man qui paraissent trop forcées, la rigidité austère au possible de Mr. Terrific certes préoccupé par la situation mais qui paraît elle aussi trop appuyée). Le subplot en relation avec Tom Strong et son message est relégué à la dernière page, sans là non plus avoir eu droit à la moindre progression (alors que le héros a prévenu d'un danger mortel pour l'univers...).

Ce n'est donc pas fameux.

Mais il y a pire, et c'est ce qui finit de gâcher le plaisir.

The Terrifics appartient à une collection appelée The New Age of Heroes par laquelle DC Comics, à la suite de la saga Dark Nights : Metal (de Scott Snyder et Greg Capullo), a voulu miser sur des séries originales ou reprenant des héros négligés/oubliés. Pour attirer le lecteur, l'éditeur a mis en avant des artistes vendeurs comme Jim Lee (infoutu de réaliser un épisode entier de Immortal Men...), Ryan Sook (qui ne fera que le premier n° de The Unexpected), Philip Tan (un tâcheron), Kenneth Rocafort (une nullité), John Romita Jr. (qui a expédié ses trois épisodes de The Silencer avant de partir rejoindre Millar pour Kick-Ass) et donc Ivan Reis.

Le contrat indiquait que ces stars du dessin devaient signer les trois premiers épisodes avant d'être remplacés par des noms moins ronflants mais prometteurs. Reis devait ainsi passer le flambeau à Evan Shaner (impliqué dans The Terrifics dès le début puisqu'il a redesigné les personnages, même si on n'a pas encore vu leurs nouveaux costumes - en fait il semble que Shaner ne fera que les #4 et 5, Dale Eaglesham le #7, et après... Surprise !).

Je me garde du mieux que je peux dans mes critiques d'accabler les artistes quand ils sont fâchés avec le rythme mensuel des comics tant qu'ils livrent des planches de qualité. Par ailleurs, le lecteur est aussi responsable car on n'exige pas aujourd'hui d'une BD les mêmes qualités que dans les années 60-70 : avec les progrès techniques à la disposition des graphistes, il est devenu plus simple de travailler, mais ça ne garantit pas que tout le monde ait l'énergie et l'inspiration pour abattre vingt pages par mois (a fortiori quand on se passe d'encreur). Il faut toujours garder à l'esprit le côté usinier des comics et rester indulgent.

Mais être indulgent ne signifie pas tout laisser passer et quand on se lance dans la carrière de dessinateur de comics, on sait aussi la charge de travail que cela implique, on ne peut pas faire comme si on la découvrait et penser qu'on va s'établir en ne tenant pas les délais ou en bâclant son ouvrage. A moins de travailler dans des conditions spéciales où son editor vous couvre, que votre série ne dépend d'un calendrier strict, et de livrer un travail exceptionnel finalement, peu d'artistes peuvent réclamer de leur patron et du public cette indulgence.

Ivan Reis est un professionnel, au talent et aux capacités reconnus. Mais il faut reconnaître qu'il n'est plus depuis Blackest Night cet artiste capable de produire huit épisodes de trente pages d'une qualité égale. Pour Aquaman, il a fait encore le boulot (n'étant supplée que pour un épisode sur les douze de son run) pour un résultat irréprochable. Mais sa prestation sur Justice League (version "New 52") ou récemment sur Justice League of America (version "Rebirth") a montré un dessinateur à bout de souffle après deux épisodes d'affilée, car DC lui a commandé en parallèle des couvertures pour d'autres titres (Nightwing et des variants). 

Un des maux des comics actuels est la pénurie d'artistes capables d'enchaîner les épisodes mensuels, ce qui demande rigueur et tonus. Quand un artiste officie sur un titre avec un casting fourni, la donne se complique car l'effort est plus grand. La solution est de les affecter sur une série avec peu de personnages, voire avec un héros seul.

Mais, même ça, apparemment, Reis (comme d'autres) n'y arrivent plus. Après avoir difficilement produit une quinzaine de pages du #2 de The Terrifics, il n'en assure aucune pour ce #3, ses fans doivent se contenter de la couverture (par ailleurs quelconque). Il a donc été complètement remplacé par Joe Bennett, un de ces seconds couteaux qui grossissent les effectifs des gros éditeurs, des dessinateurs moyens ou franchement mauvais mais capables d'être présents au pied levé. La comparaison est quand même cruelle car Bennett n'a pas le trait expressif et souple, cette maîtrise technique, si séduisante de Reis (même quand ce dernier est fatigué). Du coup, on lit vingt pages passables, parfois médiocres, ou laides, en tout cas sans rien qui charme.

Et par conséquent on a cette impression d'avoir été abusé, trompé sur la marchandise : DC nous promettait trois épisodes de Reis (on n'en aura eu qu'un et demi), trois de Shaner (on n'en aura que deux). Ajoutez-y tous les manquements précités sur les autres titres de "The New Age of Heroes" et vous comprendrez que c'est bien beau de vouloir vendre des séries en les faisant démarrer par des stars... Mais si ces stars sont incapables d'assurer le job, la promesse vire à l'arnaque.

Le scénario n'étant pas non plus, pour l'occasion, à la hauteur, la déception le dispute à la colère. C'est dommage pour cette série sympathique et prometteuse, que je ne condamne pas (même si la suite a intérêt à relever le niveau pour qu'on n'ait plus à subir pareille déconvenue), mais c'est aussi limite de la part de DC, qui a sûrement péché par orgueil dans cette entreprise.  

mercredi 25 avril 2018

DAREDEVIL #601, de Charles Soule et Mike Henderson


Après un 600ème numéro très réussi, s'achevant sur une situation étonnante, Charles Soule change de partenaire (pour au moins les cinq prochains épisodes) en collaborant avec le dessinateur Mike Henderson. Daredevil emprunte une direction inédite et captivante, même si cet épisode en soi est modérément mouvementé, comme un intermède.


Enfermé et menotté dans un fourgon de police, Daredevil entend par la radio que Matt Murdock est activement recherché car nommé nouveau Maire par intérim à cause de l'attaque menée par la Main contre Wilson Fisk. Il tente, en vain, de se libérer lorsque deux ninjas l'attaquent. 


Il s'en débarrasse et recouvre ainsi sa liberté. Mais le temps presse et il gagne la Mairie. Là-bas, Wesley Welch, l'assistant de Fisk, proteste avec véhémence contre la modification de l'ordre de succession au poste de Maire lorsque Murdock fait son entrée et s'installe dans le siège du premier magistrat de New York. En présence de son adjoint Steve Kornish et du commissaire Karnik, il écoute le rapport sur la situation en ville.


A Riker's Island, Luke Cage, Jessica Jones, Iron Fist, Misty Knight, Moon Knight, Echo et Spider-Man croupissent tous ensemble dans la même cellule ultra-sécurisée lorsqu'un gardien les libère sur ordre du Maire. Ils apprennent alors que ce dernier est désormais Murdock et qu'il leur demande de traquer et combattre les ninjas de la Main.


Retour à la Mairie : Wesley s'oppose à la décision de Matt de relâcher les justiciers et le menace de poursuites judiciaires, mais le nouveau Maire ricane et le vire sur-le-champ, invitant tous ceux qui, dans la pièce, désapprouvent ses méthodes. Lui a une ville à sauver.


Au temple de la Bête, on prévient cette dernière de la situation à la Mairie mais cela ne change rien au plan puisque la Main est d'abord venu se débarrasser de Murdock dont elle connait la double identité depuis qu'il a sauvé Blindspot en Chine.

Le premier sentiment qu'on a en terminant la lecture de cet épisode relève de la déception : en effet, après l'action soutenu du précédent numéro, Charles Soule calme considérablement la donne et met principalement en scène des échanges verbaux. C'est une volonté clairement affichée de sa part et, à cet égard, la couverture (superbe) de Chris Sprouse, n'a rien à voir avec le contenu.

Puis la déception fait place à une forme de reconnaissance car le scénariste nous frustre moins qu'il prend le temps de resituer les événements. En effet, il convient de se poser un peu après l'enchaînement de rebondissements du #600 où les amis justiciers de Daredevil ont été piégés (tout comme les criminels que le Caïd a abusés en leur promettant des postes à responsabilités dans son administration), où Daredevil a été vaincu par le Caïd et le le Caïd lui-même a été terrassé par la Main au point d'être actuellement entre la vie et la mort.

La seule bagarre physique auquel on aura donc droit a lieu au tout début quand DD affronte deux ninjas et en profite non seulement pour les éliminer mais pour recouvrer sa liberté. C'est aussi la scène où Mike Henderson, le nouvel artiste de la série (au moins jusqu'au #605) fait preuve de plus d'inventivité : le combat se déroule d'abord dans l'espace exigu du fourgon de police où est enfermé "tête à cornes" puis, le temps d'une page découpé astucieusement en "gaufrier", l'artiste ne montre que les effets de cette empoignade - de quoi faire travailler un peu l'imagination du lecteur.

Henderson a un style curieux, à la fois expressif quand il s'agit de représenter des personnages en civil, mais un peu juste quand il s'agit de fournir des décors un peu fouillés ou de découper des séquences explicatives - le recours à une double page pour résumer l'état de New York après l'attaque de la Main est plus pratique qu'inspiré. Par ailleurs, son trait n'a pas la puissance de celui de Garney ni l'élégance de celui de Sudzuka, il évolue dans un registre à la limite du réalisme, et quelques détails sont expédiés (les plis des vêtements, l'absence d'effets d'ombre et de lumière). Il ne s'agit pas non plus de l'accabler, il prend ses marques, mais je ne parierai pas qu'il reste longtemps titulaire sur la série, Marvel serait bien inspiré de recruter un remplaçant plus solide (si seulement quelqu'un avait la bonne idée de penser à Greg Smallwood...).

Solide à défaut d'être palpitant, mais avec des pistes ouvertes sur de futures péripéties prometteuses (Fisk ne va pas mourir et ne sera pas heureux de trouver Murdock dans son siège de Maire, la Main a pour objectif de tuer Murdock, les amis de DD sont encore dans la partie), disons que c'est une continuation en douceur.

FUTURE QUEST PRESENTS #9 : THE HERCULOIDS, de Rob Williams et Aaron Lopresti


La série Future Quest presents va s'achever au n°12, après des hauts (Birdman par Phil Hester et Steve Rude) et des bas (Mightor, par Jeff Parker et Steve Lieber). Ce mois-ci débute un arc écrit par Rob Williams et dessiné par Aaron Lopresti sur une des bandes de personnages de Hanna-Barbera inédite en France, The Herculoids. Mais tout est là pour passer un bon moment.


Les Herculoids sont les protecteurs de la planète Amzot. En patrouille sur le dos de son dragon Zok, Drono poursuit des robots volants suspects. En vérité, il est attiré dans un piège et tombe de sa monture qui est blessée.


Sauvé par les extra-terrestres élastiques Gloop et Gleep, Dorno en sort indemne tandis que Igo, le colosse de pierre, provoque un éboulement pour détruire les robots et épargner Zok.


Son imprudence vaut à Drono les remontrances de son père, Zandor, qui lui rappelle que l'un des leurs est déjà mort en mission. Le garçon, vexé, s'éloigne, furieux qu'on l'accuse ainsi. 


Mais alors que Tarra, la mère de Drono, tente d'apaiser son mari, Zandor, l'adolescent rencontre près d'un lac le tout-puissant Ani-Man qui l'a surveillé et lui offre d'exaucer tous ses voeux. Ainsi commence-t-il à transformer radicalement la planète Amzot lorsque le reste des Herculoids le surprend et tente de l'arrêter.


Dorno essaie de raisonner Ani-Man qui écarte ses parents et lui donne vingt-quatre heures pour lui prouver qu'il mérite de décider seul de son futur et de récupérer sa famille, faute de quoi il prendra le contrôle d'Amzot !

Les Herculoids font partie de la multitude de personnages créés et designés par Alex Toth pour les studios d'animation Hanna-Barbera dans les années 60, à l'époque où l'artiste s'était éloigné des comics. Pourtant, contrairement à beaucoup d'autres de ses inventions, celle-ci ne connaîtra pas le succès (on trouve une Intégrale de la trentaine d'épisodes de la série en 2 DVD Zone 1, mais le dessin animé n'a jamais été diffusé en France). On peut l'expliquer par le fait que ce groupe a conservé un aspect kitsch vraiment improbable.

Mais, en même temps, c'est aussi pour cela qu'on peut leur trouver un certain charme aujourd'hui : exhumés et comme vierges, on redécouvre des personnages sans préjugés et on juge leurs nouvelles aventures d'un oeil neuf.

Pour cela, DC Comics a confié l'écriture à un scénariste qu'on n'attendait pas dans ce registre puisque Rob Williams rédigeait jusqu'à présent la série Suicide Squad, avec des récits très violents et des personnages de criminels employés pour des missions secrètes. Il s'empare des Herculoids de manière très directe, sans perdre de temps à les présenter ou pour justifier leur environnement : cette approche empêche le lecteur de s'interroger sur la fantaisie du comic-book, le look improbable des protagonistes (qui a d'ailleurs subi, pour certains, des modifications notables).

Le propos est simple et le rythme est soutenu, on n'est pas là pour se prendre la tête mais pour se divertir. Il n'empêche, les protecteurs de la planète Amzot sont tout de même des êtres très puissants mais vulnérables - on apprend que l'un d'eux a péri en mission - et une certaine tension alimente leur relation - Drono est rappelé à l'ordre par Zandor, son père, qui craint de le perdre à cause de sa témérité. Puis le récit prend un tour plus intéressant et profond encore lorsque Drono fait la connaissance d'un méchant étonnant : Ani-Man.

Ce dernier est l'égal et même plus que les Herculoids. Il offre à Drono d'exaucer ses rêves alors que le garçon projette de quitter sa famille et sa planète, las d'être traité comme un enfant et avide de découvertes. Ani-Man lui démontre ses pouvoirs immenses en transformant Amzot de manière spectaculaire, créant d'un geste un parc d'attractions puis érigeant une ville. Ces mouvements ne passent évidemment pas inaperçus et les parents et amis de Drono s'interposent, sans succès. Lorsque l'adolescent cherche à calmer le jeu, il est confronté à un dilemme : décider seul de son destin ou revenir auprès des siens.

Bien entendu, cette réflexion sur la puissance et la responsabilité ne creuse pas trop profondément (il faudra lire la suite pour en avoir la confirmation) mais place le jeune héros face à lui-même : avant de rencontrer Ani-Man, il voulait couper les ponts ; ensuite, il se rend compte que sans les siens il panique. Morale : il faut se méfier de ses désirs.

Aaron Lopresti est un artiste expérimenté, fidèle à DC, mais curieusement il me semble qu'il demeure méconnu. La faute à qui, à quoi ? Sans doute parce qu'il n'a jamais eu la chance d'être associé à une série qui a connu le succès sur le long terme. C'est injuste car c'est un dessinateur d'un excellent niveau, doté d'une technique solide.

On peut l'apprécier dans sa représentation des personnages, aussi à l'aise pour les hommes, les femmes que les créatures les plus étranges, à qui il sait donner de l'expressivité avec nuance et des proportions réalistes. Idem pour les décors, fouillés, et mis en valeur par un découpage classique qui privilégie la lisibilité et la fluidité (même si Lopresti s'autorise quelques décadrages).

Tout cela aboutit à une lecture très agréable, dont le cliffhanger est suffisamment captivant pour avoir envie de connaître la suite dans un mois.

mardi 24 avril 2018

BATMAN : CREATURE OF THE NIGHT - BOOK THREE : CRUSADER, de Kurt Busiek et John Paul Leon


Après une longue attente due à de nombreux reports de sortie (eux-mêmes consécutifs à des retards de production - dans l'écriture, les dessins, ou les deux ?), voici enfin que parait le troisième et pénultième épisode de Batman : Creature of the Night. L'enseignement immédiat qu'on retire de cette lecture est que, non, Kurt Busiek n'égalera pas avec cette relecture de Batman ce qu'il avait produit avec Superman (dans Superman : Secret Identity, dessiné par Stuart Immonen). Mais cela ne signifie pas que les qualités font défaut à ce projet, dont le charme est indéniablement envoûtant.


Bien qu'il ait rompu tout contact avec la Créature, Bruce Wainwright sait qu'elle continue à combattre le crime et qu'il peut à tout moment l'invoquer. Mais il a surtout admis que ses méthodes sont trop inefficaces sur le long terme pour éradiquer le Mal : pour un gang démantelé, un autre prend sa place, plus violent. 

Le jeune homme est toutefois hanté par les actions de la Créature et il a besoin de partager son secret avec quelqu'un. C'est la raison pour laquelle il finit par convoquer son oncle Alton et sa secrétaire Robin sur le toit de l'immeuble de sa société où il appelle la Créature. Mais elle n'apparaît pas.


Bruce retourne consulter le psy (qui met son trouble comme toujours sur le compte de la culpabilité du survivant depuis la mort de ses parents), puis songe à voir des marabouts, des médiums, des voyants. Il évoque la Créature avec Gordon, le policier, qui refuse de recevoir des confidences car cela l'obligerait à ouvrir une enquête qui vaudrait des problèmes à Bruce. C'est alors qu'en se recueillant sur la tombe de ses parents, il découvre une plaque funéraire à côté de la leur, dissimulée par des feuilles, au nom de Thomas Wainwright : son oncle Alton lui révèle que c'était le prénom du frère jumeau de Bruce, mort-né.
  

Cette révélation conduit Bruce à réorienter ses recherches : se faisant passer pour un écrivain cherchant de la documentation, il rencontre le professeur Katerine Nibisi, spécialiste en parapsychologie et sciences occultes auprès de laquelle il obtient des réponses décisives. Il est désormais convaincu que la Créature est Thomas.


Pour vérifier cela, il l'invoque et la Créature resurgit. Ils se réconcilient. Ces retrouvailles rendent son énergie à Bruce et aussi son envie de combattre le crime. Mais il est déterminé à frapper, cette fois, un grand coup et vise le sénateur Jack Crowder, soupçonné par Gordon, de corruption. Il amasse des preuves mais découvre alors que c'est en vérité son adversaire aux prochaines élections, le respectable Tim Healy, qui est soutenu par la pègre de Boston.


En déroulant la liste des intermédiaires de Healy jusqu'à la pègre, Bruce met à jour l'identité d'un policier qui sert de relais : Gordon. La créature et Bruce le font avouer et le jeune homme transmet les informations compromettantes qu'il a collectées aux médias. L'affaire sort et le scandale est retentissant, mais trop tardif car publiée la veille des élections. Healy accède au poste de sénateur.


Bruce ne peut supporter cela et sa colère se manifeste comme s'il était alors possédé d'abord mentalement puis physiquement par la Créature dans laquelle il se fond sous les yeux sidérés de son oncle Alton et Robin, avant de s'envoler pour rendre la justice.

Pourquoi ai-je dit en préambule que Kurt Busiek ne rééditerait pas son exploit de Superman : Secret Identity avec Batman : Creature of the Night ? Il ne s'agit pas d'une affaire de talents car le scénariste s'est montré aussi habile pour conduire son récit et nous captiver que John Paul Leon pour l'illustrer, avec une qualité égale à celle, jadis, de Immonen (chacun dans leurs styles).

Alors quoi ? Il va falloir comparer, mais si comparaison n'est pas toujours raison, cela permet de pointer l'endroit où le récit bascule et élève l'ensemble de l'intrigue vers un chef d'oeuvre ou une production moins accomplie.

Cet instant-charnière se situe précisément dans ce troisième épisode qui s'est tant fait attendre (depuis le mois de Décembre dernier quand même). On pourrait presque croire que la raison de ce retard vient justement du doute qui a pu s'emparer de Busiek au moment où il a fallu procéder à la révélation qui signerait son projet.

Depuis le début, Bruce Wainwright et le lecteur s'interrogent sur la nature de la Créature de la nuit et le lien qui les unit. On l'apprend à mi-chemin de ce chapitre quand Bruce déduit, de manière logique aux vues de ses investigations, que la Créature est l'incarnation de son frère jumeau mort-né, Tommy, dont il vient de découvrir la plaque à côtés de celles de ses parents au cimetière.

Et soudain, c'est comme si la solution proposée par Busiek révélait le piège de son dispositif narratif, condamné en quelque sorte à décevoir car levant le mystère par un effet finalement à la fois évident et facile. Ce jumeau sort de nulle part, trop providentiellement, il ne peut satisfaire la curiosité qui le précédait. Comme on dit : quelle est la différence entre un mystère et une énigme ? Une énigme a toujours une réponse. En en donnant une au mystère de son histoire, Busiek lui ôte sinon toute, en tout cas beaucoup (trop ?) de sa beauté, de sa puissance. Tout devient alors clair (un comble) : l'apparition de la Créature, sa présence protectrice, l'expression de sa violence traduisant la frustration de Bruce, etc.

Dans Superman : Secret Identity, il s'agissait d'une relecture poétique, parallèle, subtilement décalée de Superman à travers l'existence d'un jeune homme que ses parents avaient facétieusement prénommé Clark comme l'alter ego du kryptonien. Lorsqu'il se découvrait les mêmes pouvoirs (mais aussi les mêmes responsabilités, les mêmes problèmes) que le super-héros des comics, le mystère perdurait sur leurs origines. Il ne s'agissait jamais tant de raconter l'histoire d'un surhomme mais bien d'un humain pourvu de capacités extraordinaires et identiques à celles d'un personnage fictif. On le voyait grandir, vieillir, vivre en couple, avoir des enfants, sans jamais savoir pourquoi lui, comment, etc. Un mystère sans réponse, infiniment intriguant et fascinant et touchant, qui permettait, miraculeusement, de s'identifier, ou du moins comprendre l'existence de ce Superman-là.

Ici, en levant le voile du mystère, en expliquant, Busiek gâche ce qui faisait une partie du plaisir du lecteur - cette frustration de ne pas savoir associée au plaisir d'assister au spectacle de ce tandem invraisemblable. Il prive le lecteur d'autres interprétations possibles (la Créature comme un fantasme de Bruce, une apparition magique, une manifestation de ses démons intérieurs). Même si cela ne signifie pas que le quatrième et dernier Livre ne sera qu'un dénouement classique, convenu, une vengeance contre un politicien corrompu, le champ des possibles se trouve réduit par l'explicitation. Une erreur tactique. "... Publiez la légende", comme il est dit dans L'Homme qui tua Liberty Valance : autrement dit, laissez au lecteur le choix de croire ce dont il a envie si cela sert la mythologie, non pas pour tromper, abuser, mentir, mais pour servir la (bonne) cause.

John Paul Leon n'a pas à partager cette décision discutable : sa prestation reste extraordinaire et soutient la comparaison avec celle d'Immonen, tout en évoluant dans un registre différent. Maître du clair-obscur, il délivre des planches d'une puissance inouïe, si bien qu'il est impossible d'en distinguer une (ou quelques-unes) plutôt que d'autres.

Voyez comment il représente une nuée de chauve-souris quand la Créature sur le point d'être arrêtée par la police s'échappe en se décomposant ainsi : la scène a une beauté plastique fabuleuse grâce à la technique fabuleuse de l'artiste mais aussi à son intelligence dans le cadrage, une image simple qui souligne l'effet désiré.

Leon joue aussi avec la verticalité et l'horizontalité de ses cases selon les besoins de l'action. Quand il met en scène Bruce, il privilégie les vignettes horizontales qui en formant des bandes comme autant de strates sur la page suggèrent l'écrasement subi par le jeune homme. En revanche, quand il veut indiquer une élévation, annoncer une révélation dynamiser la narration, il opte pour des plans verticaux qui renvoient au point de vue aérien, surélévé de la Créature, veillant depuis les hauteurs de la ville sur son protégé. C'est aussi une manière subtile d'interpréter visuellement la prière, l'invocation, la sensation d'être observé, ou de chercher dans les cimes une réponse : Bruce comprend qu'il a conservé son lien avec la Créature en levant les yeux au ciel, quand il l'appelle il monte au sommet d'un immeuble, quand il se réconcilie avec elle et a appris qu'elle était son frère jumeau c'est parti pour une séquence de voltige vertigineuse, enfin quand il confond le détective Gordon la créature le laisse tomber dans une benne à ordures depuis le toit d'un bâtiment.

Saisissant aussi est la façon dont John Paul Leon épure son trait pour intensifier une ambiance ou une explication : il consacre une pleine page où on voit Bruce se recueillir en se lamentant sur la tombe de ses parents, juste avant qu'il ne découvre celle de Thomas (un plan vertical) ; plus tard il écoute l'exposé sur la gémellité et les symboles du professeur Nibisi et seule le visage de l'enseignante apparaît en gros plan, dans un coin de la vignette (à notre gauche) tandis que l'autre partie de l'image (à notre droite) est occupée par des symboles appuyant l'argumentaire.

Enfin, Leon est connu pour travailler sur le noir et donc les effets de contraste naissent du peu de blanc qu'il laisse à un plan parfois. Une démonstration impressionnante en est donnée lorsqu'on assiste à la fin de l'épisode à la fusion des corps de Bruce et de la Créature - cette dernière enveloppant de ses ailes/sa cape son frère à genoux, avant de se redresser, plus bête qu'homme, animé par le désir de vengeance. En arrière-plan, par des traits épais qui ne permettent de distinguer que le minimum nécessaire, on distingue alors le malaise dont est victime l'oncle Alton soutenu par Robin, devant ce spectacle terrifiant. Au propre comme au figuré, les ténèbres ont absorbé le héros.

Plus somptueux que satisfaisant, il faudra maintenant attendre (en espérant plus de ponctualité) la suite et fin de cette mini-série pour juger de la qualité de son dénouement. Souhaitons que Busiek ait gardé un atout dans sa manche en plus de la maestria de Leon.     

lundi 23 avril 2018

MISTER MIRACLE #8, de Tom King et Mitch Gerads


Ce huitième épisode nous permet d'atteindre les 2/3 de la série, mais ne comptez pas sur Tom King et Mitch Gerads pour vous livrer des clés décisives sur Mister Miracle. Des morts reviennent, le couple du héros avec Big Barda est séparé, leur fils Jacob grandit, la guerre fait rage à Apokolips... Cette BD est toujours aussi folle, imprévisible, déjouant les attentes et s'en amusant avec un humour pince-sans-rire. Et si le lecteur était aussi désorienté que Scott Free, progressant à tâtons, au bord de l'abîme ?


Après avoir abattu un haut dignitaire d'Apokolips comme un sniper, Mister Miracle dirige les force militaires de New Genesis en portant désormais le titre de Haut-Père. De retour sur Terre, il s'occupe de son fils Jacob... En compagnie d'un revenant : "Funky" Flashman !


Contre toute attente, les deux hommes s'entendent bien et prennent très bien soin de l'enfant. Déjà, pourtant, il est temps pour Mister Miracle de retourner au front où Lightray est désormais sous ses ordres. Bien qu'il lui reproche de se comporter encore comme s'il était sur une scène, les applaudissements en moins, l'ex-lieutenant d'Orion accomplit sa tâche avec zèle.
  

Sur Terre, Scott emmène Jacob, qui grandit à vue d'oeil dans un jardin public et explique à une amie qu'il alterne vie de famille et boulot avec sa femme. Il souffre de devoir quitter une semaine sur deux son fils mais c'est provisoire, le temps de trouver une bonne nounou.
  

Sur Apokolips, Mister Miracle affronte Kanto, qu'a défié Barda en son absence. Il perd le duel et doit, en conséquence, battre en retraite. Mais il répare cet affront en conquérant un nouveau territoire ensuite. Sur Terre, Jacob fait ses premiers pas.


Enfin, Scott et Barda peuvent passer une soirée ensemble. Jusqu'à ce que leur fils pleure et oblige son père à aller le consoler en lui chantant une berceuse.


J'émettais l'hypothèse que la série pouvait rendre un peu fou son lecteur à mesure que son héros semblait recouvrer, lui, la raison, et cet épisode illustre cette possibilité. Tom King lui-même ne nous a-t-il pas diaboliquement roulé dans la farine en annonçant que le second acte de Mister Miracle (à partir du n°6 donc) allait être plus sombre que le premier, alors qu'il raconte ses nouvelles péripéties en semblant s'amuser à déstabiliser ses fans en entretenant une narration dont l'humour nous cueille.

Souvenez-vous de l'épisode 6 justement : Mister Miracle et Big Barda revenaient à New Genesis non pas pour se rendre à Orion qui avait condamné à mort Scott Free mais pour l'en dissuader. En franchissant une série d'obstacles, le couple discutait de façon décalée du futur réaménagement de leur appartement en prévision de l'arrivée de leur premier enfant (aveu fait par Barda dans le feu de l'action).

Ce huitième épisode fonctionne sur le même ressort narratif. L'action se concentre uniquement sur Scott Free chez lui, sur Terre, avec son fils et Mister Miracle en pleine manoeuvre militaire à Apokolips. Qu'il profite des joies (et des affres) de la paternité ou lutte pour la victoire de New Genesis, il reste en contact avec Big Barda qui le remplace sur le terrain à la tête de l'armée ou à la maison. Ils échangent non seulement leurs rôles de parents et de guerriers mais dialoguent sur leur situation parentale, les menus soucis de santé de leur fils, leurs stratégies militaires, leurs victoires et leurs défaites.

L'effet est imparable : quoi de plus savoureux que de parler de banalités alors qu'on risque sa vie ou de tactique quand on se détend ? Et tout ça avec un flegme irrésistible. Pourtant il flotte au-dessus de tout cela une angoisse diffuse, un sentiment oppressant, une inquiétude sur laquelle on n'arrive pas à mettre un nom.

Cela prend la forme d'interrogations auxquelles King se garde bien de répondre pour entretenir savamment la confusion.

La première scène montre l'assassinat "en direct" commis par Mister Miracle dans le rôle d'un sniper sur un notable d'Apokolips. Cette image détone par rapport au rôle qu'on lui connaissait jusqu'à présent et en même temps donne le ton aux scènes se déroulant sur Apokolips, baignées dans des couleurs criardes, dominées par le rouge, le mauve, le jaune, comme si toute cette planète était une fournaise.

Puis Scott Free prépare le lait du biberon de bébé Jacob en compagnie de... "Funky" Flashman ! Pourtant celui-ci avait été tué et même incinéré par les soins de Big Barda. Est-ce une hallucination de Scott (et donc le signe d'une rechute de sa condition mentale) ? Non, comme le prouvera la suite où le personnage exubérant continue d'apparaître (et d'être mentionné par Barda) dans un improbable rôle de baby-sitter, d'ailleurs très à son aise.

De retour à Apokolips où il remplace une semaine sur deux Barda, Mister Miracle est désormais nommé comme le nouveau Haut-Père, titre appartenant jusque-là à Orion. Cela signifie-t-il que l'explication que les deux néo-dieux ont eue a abouti à la mort d'Orion, tué par Miracle ? Encore un mystère. Ce qui n'en est pas un en revanche, même si Lightray, désormais aux ordres de Scott Free quoiqu'il ait l'audace de considérer son comportement de chef comme celle d'un homme de représentation privé de public et d'ovations, c'est le caractère impitoyable du nouveau leader de New Genesis, tuant sans hésiter quiconque se dresse devant lui ("No escape !", qui revient à dire "pas de quartier !" dans ce contexte) et sacrifie ses soldats pour la cause (image saisissante d'un amas de cadavres tombés au champ d'honneur).

Par ces va-et-vient, King souligne habilement le changement subtil d'attitude de son héros qui, en même temps qu'il devient père, se fait plus de souci pour sa progéniture et son aptitude à en prendre soin qu'il abandonne toute retenue dans son rôle de chef de guerre. Mais un chef qui veut continuer à suivre ce qui se passe sur Terre quand il n'y est pas, veillant sur sa femme et leur enfant, même quand il est blessé ou corrigé par un adversaire (le duel expéditif contre Kanto, pourtant initialement défié par Barda).

La paternité récente et qui évolue rapidement car Jacob (surnommé "Jack" par "Funky" Flashman, comme un rappel supplémentaire à Jack Kirby/Jacob Krutzberg) passe de bébé dormant avec un doudou en forme de Batman (ce qui déplaît à Scott, convaincu que "Batman kills babies" - il l'a lu dans un article !) à petit homme accomplissant ses premiers pas en une vingtaine de pages (manière discrète mais efficace de montrer que les faits se déroulent sur plusieurs mois sans l'indiquer visiblement), cette paternité est pourtant la raison de cette angoisse qui parcourt cet épisode. Scott confie à une amie à quel point il déteste devoir quitter son fils une semaine sur deux, puis quand il est Mister Miracle à Apokolips il se soucie constamment en parlant via une boîte-mère à Barda de leur santé, à elle et à leur fils. 

L'ombre de Darkseid continue de hanter la série, avec le retour de l'inscription en caractères blancs sur fond noir de la phrase "Darkseid is". Et les images se brouillent parfois dans le découpage en "gaufrier" de Mitch Gerads, notamment quand Jacob y figure, suggérant que le petit a des pouvoirs - à moins qu'il ne s'agisse de l'influence de l'équation d'anti-vie détenue par Darkseid. Cette altération visuelle sème le doute et suscite des questions nouvelles chez le lecteur (et si tout cela était une vaste manipulation ? Jacob a-t-il les pouvoirs d'un bon ou d'un mauvais génie ?).

La série aime toujours, donc, autant souffler le chaud et le froid. En témoigne sa fidélité à sa grille graphique d'une rigueur indéfectible : Gerads y puise toujours de nouvelles idées, transformant la contrainte de ces neuf cases identiques en matière narrative stimulante. Ici, une simulation de la notion de progression, dans le temps pour figurer les mois qui s'écoulent aussi bien sur Terre en compagnie de "Funky" Flashman et du bébé que sur Apokolips contre les hordes de Para-démons (scène glaçante où Lightray désintègre un bébé d'une de ces créatures alors que Mr. Miracle ne le lui avait pas commandé), que dans l'espace où les déplacements miniatures dans l'appartement de Scott et Barda alternent avec les manoeuvres de l'armée de New Genesis, dans des territoires désolés, comme déjà consumés depuis une éternité par l'environnement hostile d'Apokolips.

Quelle production décidément singulière qui déroute, épate, impressionne, questionne, ne laisse aucun répit, sollicite le lecteur comme pour mieux l'immerger dans la psyché de son héros et de ses folles aventures.